Bon. J'ai téléchargé une appli de tarot.
Je le note ici pour la Soline qui relira ça dans six mois en se demandant à quel moment, exactement, elle a lâché prise : c'était pour rigoler. Voilà. Pour rigoler, un mardi soir, dans un appartement qui sent encore le carton et le produit vaisselle de l'ancien locataire, avec une plante que je n'ai pas réussi à tuer pendant le déménagement (la seule chose stable de ma vie, donc).
Karim dirait que c'est « exactement le genre de truc qu'on fait quand on évite d'appeler sa mère ». Karim a raison, ce qui est sa pire habitude. (Je n'ai pas appelé ma mère.)
Mon seul témoin, dans cette affaire, c'est Merlin. Merlin est un chat. Il m'a regardée installer l'appli avec le mépris tranquille de quelqu'un qui a déjà tout compris à l'existence et qui trouve que, très franchement, je me débrouille mal. (J'ai appelé mon chat Merlin. Il déteste la magie. C'est ma vie.)
Donc : appli ouverte, café froid à portée — le troisième de la journée, oublié comme les deux premiers —, et l'appli me demande de tirer « ma carte du jour ». J'ai cliqué en levant les yeux au ciel, je tiens à le préciser. Le scepticisme était intact. Et là :
J'ai regardé l'écran un peu trop longtemps.
Parce que voilà : il y a cinq semaines je vivais à deux dans un appartement où je connaissais le grincement de chaque tiroir. Aujourd'hui je suis à Nantes, seule, avec trois cartons que je n'ouvre pas « parce que je n'ai pas le temps » (je suis graphiste freelance, je n'ai que ça, du temps), et une appli qui vient de me décrire ma vie en une phrase et un dessin de type en train de marcher au bord d'une falaise.
C'est évidemment un hasard. C'est forcément un hasard. Une carte ne sait pas que L. ne m'a pas écrit depuis trente-deux jours (je ne compte pas).
J'ai fermé l'appli. Puis je l'ai rouverte pour vérifier que je n'avais pas rêvé. Puis je l'ai refermée, dignement.
Bref. Pour rigoler.
— S.